Récit de l'acte héroïque d'un Poilu de Vagney, Charles GERARD lu à l'occasion de la cérémonie de commémoration de l'armistice du 11 novembe 1918, au monument aux morts de VAGNEY. Le 11 novembre 2008.

Sans cris, calmement, comme on part pour la mission suprême, il rejoint le bataillon ce 30 juillet 1914 en digne représentant de fils des Vosges.

Charles GERARD est né le 6 juillet 1894 à Le Clerjus. Orphelin de père, au cours de son adolescence, il vient habiter Zainvillers où il exerce plus tard en compagnie de son frère, sa sœur et de sa mère, Marie-Zèlie, le métier de boucher. Il a 20 ans au moment de son incorporation à la 2° compagnie du 10° bataillon de chasseurs à pied.

Dès le 20 août 1914, il participe à l'offensive de Lorraine. Son bataillon est mis hors de combat au cours de cette bataille. Il doit alors supporter avec vaillance la faim, la soif et le sommeil.

Fin août début septembre, il participe à la retraite sur la Meurthe et la Mortagne. A l'issue de cette manœuvre tactique, le bataillon se réorganise pour mener la bataille du Col de la Chipotte. Il vit alors une lutte aveugle face à un ennemi accroché et terré. Dans ce lieu meurtri et saccagé, l'ennemi finit par s'immobiliser dans un silence impressionnant que les bois ne contiennent à peine au cœur d'une végétation sens dessus dessous.

Début octobre, débute la bataille de La Marne. Débarqué à Wassy à la poursuite de l'ennemi bousculé, Charles GERARD dans les rangs de sa compagnie, rejoint BUSSY le Château et SUIPPES sous le feu de l'artillerie adverse. Les allemands finissent par perdre cette bataille.

Aussitôt débarqué des camions à POPERINGHE début novembre, Charles, au sein de son bataillon, subit les premières péripéties de l'hiver qui viennent ajouter à l'enfer de la mitraille, leurs lots de misères et de souffrances. Le froid tétanise les membres, les pieds deviennent insensibles et subissent la morsure insupportable des engelures.

Le 8 novembre 1914, les allemands profitent du climat brumeux de Flandre et attaquent à la faveur d'un épais brouillard. Les assaillants sont fauchés sous le tir des armes automatiques. Seuls 51 survivants se rendent. Ce sont essentiellement des étudiants engagés volontaires.

C'est avec joie que le 9 décembre le bataillon bénéficie d'une période de repos et peut rentrer en France. Charles va pouvoir embrasser sa chère maman de plus en plus inquiète de la tournure que prend cette guerre. Il a cependant le moral et il s'efforce de le lui transmettre en dissimulant la vérité sur la réalité qu'il vit, ainsi que ses camarades, sur le champ de bataille.

Du 21 décembre 1914 au 5 mars 1915, la première bataille d'Ypres est sur le point d'être gagnée. Le bataillon lutte contre un ennemi aussi tenace que la boue. C'est le 5 mars au soir que l'unité exténuée est relevée. Elle a perdu en trois jours, 12 officiers et 460 gradés et chasseurs.

Le 22 avril, la deuxième bataille d'Ypres débute avec cette fois l'utilisation d'un gaz toxique, le chlore. C'est la panique. Aucune protection n'existe et les allemands réussissent à ouvrir une brèche dans la ligne de front. Charles et ses camarades se placent des mouchoirs imbibés d'eau et d'urine sur le visage. Les britanniques arrivés en renfort, entrent à leur tour dans l'horreur et la souffrance. Le soldat Gérard trouve cependant le temps d'envoyer une carte postale à sa chère maman. Oh ! cette carte est très courte ; Elle ne contient que quelques mots "Je vous envoie ma photo, ça va toujours bien. Je vous embrasse tous." Cette pensée est prémonitoire d'un destin que personne ne semble alors maitriser.

Le 24 mai l'offensive allemande dirigée contre la crête de Bellewaerde tenue par les britanniques, permet de gagner des positions mais les britanniques contre-attaquent efficacement et les combats cessent le 25 mai 1915. Les pertes humaines sont considérables. 58.000 hommes coté britannique 35.000 du coté allemand et 10.000 en ce qui concerne les français.

Survient alors l'enfer du Bois Carré. Un petit bois de 2 hectares à peine. Les arbres sont déchiquetés, le sol est retourné. L'ennemi ne pense qu'à assouvir sa vengeance et sa haine sur les braves. La première compagnie est montée en ligne et la deuxième s'apprête à intervenir en soutien. Le tir des crapouillots manquent leurs objectifs et les obus viennent aggraver la longue liste des victimes françaises lorsque certains projectiles explosent dans le dos des camarades.

A midi, une attaque est programmée. La compagnie se positionne en tirailleurs. Puis les braves courent le plus vite possible pour prendre position dans la tranchée devant eux. Ils arrivent enfin au fond de BUVAL, une étroite vallée remplie de tombes aux petites croix blanches alignées. Ils s'installent dans la défensive et s'apprêtent alors à vivre de longues heures de résistance.

Malgré la chaleur étouffante, malgré la soif, malgré la puanteur des cadavres, l'élan est général. Ils attaquent, ils se replient puis ils recommencent sous la mitraille alors que les gaz toxiques font leur apparition et ont pour effet de déclencher sur les soldats, d'épouvantables convulsions.

Au cours de cette bataille Charles fait partie des héros qui prennent l'ascendant sur l'ennemi. Le bataillon conquiert et conserve des objectifs très sensibles. Charles participe à ce sublime élan jusqu'au moment où le chlore et la mitraille stoppent son ardeur et s'emparent de son âme.

Charles GERARD, disparait le 5 juin 1915.

"Le chef de bureau spécial de comptabilité du 10 ème bataillon de chasseurs à pied a l'honneur de faire connaître à monsieur le maire de Vagney que Charles Gérard est tombé au champ d'honneur. Il prie de vouloir bien avec les ménagements nécessaires dans la circonstance, prévenir madame veuve GERARD."

Par arrêté du 8 décembre 1920, GERARD, Charles, Modeste, se voit attribuer la médaille militaire sous l'intitulé :

"Mort pour la France ; Brave caporal, tué glorieusement le 5 juin 1915 à NOULETTE. Croix de guerre avec étoile"