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Une maison… Une histoire : la quincaillerie Grosjean-Perrin

La date la plus ancienne, relative à la maison ayant accueilli la grosse quincaillerie Grosjean-Perrin à l’angle de la place Caritey et de la rue Jacquemin figure sur une poutre maîtresse du grenier, suivie du nom à l’encre de tous les artisans locaux ayant travaillé à sa construction : 1725. Malheureusement, on ne connaît pas le nom du propriétaire. On sait simplement que la bâtisse originelle, dont la façade donnait exclusivement sur la rue Jacquemin, qui, à l’époque, était la route principale pour Remiremont, fut agrandie vers la place en 1804. Elle était alors la propriété de Jean Nicolas Flageollet et de son épouse, Marie Thérèse Martin.
La place de Vagney était alors très rustique et la maison du sieur Flageollet, une ferme, en témoigne un extrait de l’acte de vente, précisant que Monsieur Flageollet ne devra plus déposer de fumier à l’emplacement du devant de la maison…
La maison va changer plusieurs fois de propriétaires, devenir la quincaillerie Troyon. En 1920, le 20 octobre, Madame Marie Justine Defranould, négociante à Vagney, veuve de Monsieur Jules Jean Baptiste Troyon depuis 1918, déclare vendre l’immeuble et le fonds de commerce de quincaillerie, épicerie, mercerie qu’elle exploite à Vagney sur la place, à Monsieur Georges Grosjean négociant demeurant à Rupt et Mademoiselle Lucile Perrin sans profession : les deux jeunes gens, fiancés, font l’achat s’élevant à 50 000 francs en ce qui concerne le bâtiment et 76 996 francs pour le fonds de commerce et la marchandise, dans la proportion de chacun moitié-moitié, d’où l’appellation de Quincaillerie Grosjean-Perrin, qui perdure encore de nos jours !
Lucile et Georges se marient donc moins d’un mois plus tard, le 9 novembre 1920. Le premier travail qui les attend est la liquidation d’une partie de l’important stock, qui comprend, outre la quincaillerie, des marchandises aussi diverses que de la mercerie, de la faïence, du tissu, des chaussures, de l’épicerie et de la papeterie !
La vente de la mercerie, du tissu et des chaussures est abandonnée, l’épicerie quant à elle, est conservée jusqu’en 1930, dans le but de garder la clientèle. A l’époque, le café vert arrivait du Havre, était torréfié dans le magasin, et vendu en grains ou moulu.
En 1932, la grange est transformée en entrepôt pour les fourneaux et les cuisinières. Georges prend alors la concession Butagaz pour tout le canton de Saulxures : il faut dire que l’avènement en 1926 du premier Salon des appareils ménagers a amorcé la révolution ménagère qui va se confirmer de façon spectaculaire au Salon des Arts ménagers de 1949.
Georges Faivre est embauché par le couple Grosjean-Perrin pour la confection de matelas et sommiers et la vente de meubles est intégrée au commerce. La plus grosse difficulté rencontrée par Georges et Lucile, originaires de Rupt est de s’intégrer à la population voinraude, très bourgeoise et sensible à l’esprit de clocher.
Octobre 1939 : la mobilisation vide la quincaillerie de ses employés et de Georges Grosjean. Lucile reste seule pour tenir le commerce. Son fils Luc, âgé de 16ans abandonne alors ses études et vient seconder sa mère : il lui faut fabriquer les tuyaux de fourneaux, aller livrer le gaz et les cuisinières jusqu’à la Bresse sans même avoir le permis de conduire (exceptionnellement, il le passera à 18 ans). C’est la guerre, les clients paient le petit matériel à l’aide de monnaie matière. Le stock, important, fond comme neige au soleil mais peine à se renouveler car les clients viennent chez Grosjean-Perrin des deux vallées.
En 1945, Luc épouse Madeleine Claude, fille d’un négociant voinraud. Le couple s’installe dans la maison familiale, cinq enfants vont naître et Madeleine doit concilier ses occupations de mère de famille nombreuse avec le commerce. Les appareils ménagers deviennent le symbole de la modernisation des foyers et font rêver les ménages : Luc et Madeleine font preuve d’initiative , se rendent une première fois au Salon des Arts Ménagers, achètent 3 machines à laver puis vont faire leur Foire d’automne initiale à Remiremont en 1952. Madeleine fait la démonstration. La cuve équipée de batteurs est remplie d’eau qui est chauffée grâce à un foyer au bois placé sous la machine ! Le linge est lavé mais il faut le rincer au bassin et l’essorer dans une essoreuse à main. Le le progrès est en marche.
La participation annuelle à la Foire d’automne est incontournable pour faire le chiffre d’affaires nécessaire au règlement des salaires du personnel : Luc et Madeleine y seront fidèles de 1952 à 1982.
En 1958, le magasin est entièrement restructuré après l’ouverture du mur côté route de Remiremont et la mise en place d’une vitrine destinée aux appareils de chauffage. C’est l’avènement du petit électroménager, la vente des réfrigérateurs et des machines à laver explose, les habitudes de consommation changent, il faut vendre des ustensiles en émail, de la vaisselle en verre, des produits de droguerie, bref il faut beaucoup de place pour satisfaire un maximum de clients.
A ce propos, les meilleurs clients du magasin Grosjean-Perrin sont sans conteste les ouvriers des usines Flageollet : ils économisent nouveau franc par nouveau franc et s’équipent en payant comptant, de crainte de voir leur épargne dévaluer avec la crise. Et les jeunes mariés voinrauds se montent en ménage traditionnellement chez Grosjean-Perrin, des petites cuillers à la chambre à coucher.
En 1963, Georges Grosjean qui venait de prendre sa retraite, décède. Se crée alors la Société Grosjean-Perrin, qui adhère au groupement de quincaillers Unipa.
En 1964, un nouveau bâtiment est construit à l’emplacement de la cour, derrière la maison.
En 1970, la route principale de Vagney est détournée et passe désormais entre la mairie et la brasserie Pierre Claude, évitant le magasin Grosjean-Perrin : Luc et Madeleine transfèrent alors en avril 1971 les rayons meubles et électroménager dans l’ancienne scierie qui leur appartient, aujourd’hui Crédit Agricole. C’est l’époque de l’essor de la station de ski de La Bresse et de nombreux chalets s’y construisent, les citadins de passage commandent leurs meubles chez Luc et Madeleine qui livrent même le dimanche !
Mais en 1979, il n’y a plus de passage vers les stations devant le magasin car est créée alors la voie de contournement de Vagney. Le magasin route de Remiremont est fermé, vendu au Crédit Agricole et le matériel réintègre la quincaillerie de la place, réaménagée à cet effet.
En 1981, le commerce de quincaillerie est vendu à Madame Claudel, celui de l’électro-ménager le sera en 1983 et la maison en 1992.
Fin 2009, la quincaillerie Brico-Déco qui a pris la relève de la quincaillerie Grosjean-Perrin ferme définitivement ses portes, l’ère est désormais aux grandes surfaces de bricolage et de mobilier.
C’est la fin de l’aventure quincaillère, qui demeure toutefois, dans la mémoire des anciens Voinrauds, une belle histoire !
Histoire d’un commerce !
Une histoire qui ne veut pas mourir, une histoire qui ne va pas finir !


1987, le toit est abaissé


En 2004, la quincaillerie est devenue Brico-Déco


Réclame extraite du Guide des Promenades de 1902


La quincaillerie Troyon Defranould vers 1906


La quincaillerie Grosjean Perrin en 1930


La B14 livre le gaz en 1932


Une facture en 1935


Le magasin en 1958


Réclame de 1979

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