Mon village

Histoire de " Ben " BARTKOWIAK, soldat de la Compagnie G du 7ème Régiment d'Infanterie U.S, mort dans "LE METTEY" le 7 octobre 1944. Récit de son compagnon d'armes, Lamar WEIKLE.

Le 4 octobre, après sa sortie de l'hôpital, Lamar a rejoint sa section au sein du 3ème Peloton juste au moment où elle s'apprêtait à participer à la bataille pour la libération de VAGNEY et ses alentours…

Tous les soldats du 2ème Bataillon n'avaient pas mangé depuis plusieurs jours, car le service chargé du ravitaillement des denrées alimentaires n'était pas encore parvenu à atteindre la ligne de front.

Lamar s'est rappelé que dans les journées des 5 ou 6 octobre, dans le secteur de CREMANVILLERS (CHEVRE-ROCHE, BAMBOIS DE CREMANVILLERS), son peloton s'est retrouvé encerclé, son chef de peloton a réussi à se procurer un poste radio et a essayé de contacter le P.C. du 2ème Bataillon pour demander de l'aide. Quand il est parvenu à le joindre, ses supérieurs lui ont répondu que pour se sortir de cette situation, il fallait passer en force… Selon Lamar, c'est ce qu'ils ont fait…

Le 6 octobre, Ben, Lamar et le reste du peloton se sont retrouvés à proximité d'un petit champ de choux. La majeure partie du peloton n'avait absorbé aucune nourriture depuis plusieurs jours. Le carré de légumes avait été probablement bombardé par l'artillerie Américaine. Les types étaient affamés. Quand les bombardements se sont calmés, Ben et certains de ses compagnons se sont précipités dans le champ et ont ramassé autant de choux qu'ils le pouvaient. Lamar se souvient que Ben a accouru vers lui et lui à lancé un chou entier….. C'était leur première nourriture depuis longtemps.

Puis Lamar s'est rappelé une autre anecdote intéressante qui s'est également déroulée le 6 octobre… Après que le peloton ait franchi le champ de choux, il continua sa progression en direction d'une autre montagne toujours située au nord de la route VAGNEY-SAPOIS (FONTAINE - LA HAZELLE). Dans la section, il y avait un " Texan " qui avait décidé d'allumer un feu pour sécher sa couverture… Peu de temps s'est écoulé avant que le peloton ne soit copieusement arrosé par l'artillerie Allemande… Le reste du peloton lui demanda immédiatement d'éteindre son feu, pour ne pas indiquer sa position aux forces Allemandes… Il a ri… Et lui a répondu qu'il envoyait des signaux de fumée aux membres de sa famille restés au pays… Il n'a pas fallu longtemps avant qu'un autre obus n'arrive et tombe non loin de notre " Texan "… Puis d'autres obus arrivèrent, toujours plus précis… Le "Texan" a alors vite compris qu'il devenait plus prudent d'éteindre son feu…

Lamar et Ben ont combattu côte à côte jusqu'à ce jour fatidique du 7 octobre. A l'aube du 7ème jour, le 2ème Bataillon a traversé la route qui relie VAGNEY à SAPOIS au niveau du lieudit " LA MALAIDE ". Comme à son habitude, l'artillerie Allemande l'a gratifié d'un déluge d'obus de toutes sortes… Le Bataillon a progressé dans la Colline du " METTEY " en vue d'atteindre sa destination finale : l'Est du village de ZAINVILLERS. Très vite, les hommes du 3ème peloton allaient donner un autre nom à cette colline… Lamar s'est rappelé que lorsqu'ils sont arrivés au pied du "METTEY", l'unité de ravitaillement les avait enfin rattrapés… Il a saisi quelques sandwichs encore chauds : c'était la 1ère fois, depuis le début des combats, que Lamar recevait des sandwichs chauds de la main des cuisiniers.

Selon Lamar WEIKLE, ils ont creusé des trous de tirailleurs au sommet de la colline. Ben et la majeure partie de son peloton ont creusé les leurs à la pointe du sommet tandis que Lamar s'est positionné 100m sur la face Nord de la colline (côté " LA MALAIDE " et SAPOIS, il ne pouvait pas apercevoir les autres depuis sa position. La Cie E a été dirigée en bas de la colline sur la face Sud (route VAGNEY - GERBAMONT - " LE THEATRE ") et vers ZAINVILLERS (au niveau " DES NAUFAINGS " - " LES CAILLES " - " LE CUTIER ").

A la tombée du jour, une forte contre-attaque ennemie a été opérée sur toutes les positions du Bataillon, les forces Allemandes tentaient de transpercer les deuxièmes lignes du Bataillon. Lamar se rappelle que de violents tirs de Mortiers frappaient le versant Sud du " METTEY "…

Dès que la contre-offensive s'est terminée, Ben a couru vers le bas en direction du trou de Lamar pour lui annoncer qu'il venait juste d'apprendre sa nomination comme chef de Peloton, car EASTMAN, Sergent par intérim, a été grièvement blessé lors de l'attaque. Lamar a dit à Ben qu'il était heureux que ce soit son ami le nouveau chef du peloton et lui a serré la main…

Ben s'est ensuite dirigé vers le dessus de la colline pour l'annoncer au reste du Peloton… Dix minutes se sont écoulées quand soudain un autre soldat est descendu du sommet pour dire à Lamar qu'il était le nouveau chef du Peloton… Quand Lamar l'a questionné et lui a révélé que Ben lui avait annoncé la même chose quelques minutes plus tôt, l'homme a répondu : Avez-vous entendu le bombardement juste après que Ben ait quitté votre position, Lamar répondit oui, le nouveau sergent dit alors : " eh bien, c'est lui qui l'a eu ! ".

A ce jour, Lamar croit se rappeler que c'était le dernier bombardement de la contre-attaque : elle s'est produite juste avant la nuit du 7 octobre. Lamar se souvient quand l'obus a éclaté à 50 ou 100 m au dessus de sa position mais n'a pas pu voir si quelqu'un avait été touché...

Le 2ème Bataillon a passé la nuit sur cette colline car elle se trouvait encore sous le feu des mitrailleuses ennemies. Plus tard dans la nuit, après que Ben ai été tué, Lamar a été envoyé pour occuper un avant poste sur le côté Sud de la colline, il était accompagné de deux autres soldats : le Sergent Donald L. LONG et Ernest E. LEMMERT (qui a été tué le 20 novembre 1944 après avoir traversé la rivière " LA MEURTHE ".)

Au bout d'une heure, après avoir terminé l'installation de son avant-poste, Lamar a laissé un homme seul en garde et a pris l'autre soldat pour effectuer une reconnaissance sur la route de GERBAMONT située en bas de la colline sur le versant Sud. Sa mission était de prendre contact avec la patrouille de la Cie E qui avait été envoyée en direction de ZAINVILLERS un peu plus tôt dans la journée.

Alors que Lamar arrivait à proximité de la route, il a soudainement trébuché et son casque s'en est allé rouler au milieu de la route occasionnant un bruit très marqué au milieu de la nuit….. Au moment même ou son casque acommencé à rouler, il a compris qu'il allait se retrouver dans une situation très inconfortable….. La sentinelle de la patrouille de la Cie E, avec laquelle il devait opérer la jonction, a été alertée par ce bruit….. Lamar a alors entendu " le clic " du cran de sureté de l'arme de la sentinelle et a très vite compris que celle-ci allait ouvrir le feu….. Dans la précipitation, il a tout de suite hurlé qu'il faisait partie de la patrouille de contre-attaque…... Mais ce n'est pas ce qu'il fallait dire ! Ce rendant compte de son erreur, il a tout de suite crié à la sentinelle qu'il faisait partie de la " patrouille de contact " de la Cie G….. La sentinelle a alors compris le message….

Le jour suivant, Lamar a fait quelque chose qu'il n'avait jamais fait auparavant et qu'il n'a jamais refait depuis….. Aidé d'un compagnon, ils ont porté le corps de Ben et des trois autres hommes morts ce 7 octobre, ils les ont mis dans des couvertures et les ont descendus en bas de la colline sur le versant de SAPOIS, par un sentier étroit et rocailleux.

Arrivé sur le chemin en bas de la colline, Lamar déposait ses compagnons dans un pré, il était très affecté de voir son ami BEN ainsi car il l'appréciait sincèrement….. Quelques larmes coulaient de ses yeux en hommage à ses amis perdus ce 7 octobre dans cette montagne des VOSGES…

Depuis ce jour, les hommes du Bataillon appelèrent cette colline : "La colline de l'homme mort", parce que le Peloton avait perdu beaucoup d'hommes "là-haut". Au total, ce sont six hommes de ce peloton du 2ème Bn qui sont morts dans "LE METTEY " ce 7 octobre 1944, ils se nommaient ainsi :
BARTKOWIAK, Benedict M., Pfc., Cie. G, Cleveland, Ohio.
FAIRCLOTH, James W., Pfc., Cie. G, Pritchard, Alabama.
FLYNN, Francis P., Pfc., Cie. F, Auburn, New York.
HUSTON, Paul K., Cie. E, New Waterford, Ohio.
MORESCHI, William J., Cie. G, Everett, Massachusetts.
TAYLOR, Marwood S., 1st Lt., G Company, Philadelphia, Pennsylvania.

 


Ben BARTKOWIAK

 


Lamar WEIKLE

 


Lamar à Pozzuoli en Italie en 1944

 


Avis de décès de Ben



Lamar à Rottenburg en Allemagne en 1945

 


Le corps de Ben sera remis à sa famille le 1er juin 1948 pour être enterré au "Calvary Cemetery" à Cleveland, Ohio


Effets personnels et médaille Purple Heat de Ben

 


Ben et Mary en 1943

 


Ben photographié à Fort Mc Clellen

 

 

Témoignage de Monsieur André DESCHASEAUX (18 ans en octobre 1944), commis dans la ferme de Monsieur Maurice BOULAY à la sortie de VAGNEY (Actuellement Rue des Traits de Falères)

Dans l'après-midi du 7 octobre, la partie la plus importante des combats s'est déroulée sur les hauteurs de " LA MALAIDE " dans la colline du " METTEY ". Le bruit des canons, les obus de mortiers et le crépitement des rafales de mitrailleuses se sont fait entendre jusqu'à la nuit…

Depuis le début des combats pour la libération de VAGNEY, de nombreux voisins sont venus trouver refuge dans la cave de la ferme de Monsieur BOULAY, puis dans la soirée du 7 octobre, ce fut au tour des troupes américaines de prendre possession de l'imposante bâtisse…

L'intensité des combats a diminué en soirée et la nuit a été assez calme. Le lendemain, au lever du jour, j'aperçus en bas de la colline, les corps de quatre soldats Américains, allongés côte à côte de l'autre côté de la route, en face de ma chambre….. Je me souviens que j'étais très impressionné, par ces hommes qui avaient quitté les ETATS-UNIS, qui avaient démontré tant de courage tout au long de leur chemin (débarquements de NORMANDIE et du Sud de la FRANCE), pour traverser le pays de long en large et pour finalement venir perdre la vie dans ce coin perdu de la montagne vosgienne : " LE METTEY "… Cruel destin…

La nuit du 7 octobre, puis le lendemain, de nombreux soldats blessés étaient amenés dans la cave et les différentes pièces de la ferme.

Le jour suivant ou celui d'après, des soldats Américains chargés de la récupération des corps se sont présentés à la ferme avec leur camion. Le responsable de cette mission parlait un français convenable, ils ont repris les corps des quatre soldats, puis je l'ai guidé vers les autres que j'avais découvert, non loin de là : l'un d'eux se trouvait près du jardin, il avait le menton déchiqueté par ce qui semblait être un éclat d'obus de mortier… L'autre gisait un peu plus haut dans la forêt du METTEY. Pour redescendre les corps, la prudence était de mise, car nous étions encore sous le joug des obus et mitrailleuses allemandes positionnés du côté de SAPOIS…

Après avoir chargé les corps, le soldat Américain m'a remercié pour mon aide. Aujourd'hui, j'ai retranscrit mes souvenirs sur papier, en fait à cette période là, je n'ai pas pensé à relever les identités des soldats sur leurs plaques. J'étais un jeune paysan âgé de moins de 18 ans et je ne pouvais imaginer qu'un jour des membres de la famille de ces soldats viendraient se recueillir sur leurs tombes au cimetière de DINOZE. Heureusement, les identités ont été gravées sur les croix. J'aurais voulu apporter plus de précisions dans ce récit mais mes souvenirs n'ont qu'une valeur relative.

 

La vie de BEN

Benedict M. BARTKOWIAK est né le 14 janvier 1917 à CLEVELAND dans l'OHIO, dans le foyer de Joseph et Francis BARTKOWIAK, il avait 3 frères et neuf sœurs. Dans les années d'avant - guerre, Ben est un jeune homme plein de projets, il rêve de devenir ingénieur mais les crises financières successives brisent son rêve... Ben trouve alors un emploi dans une entreprise de CLEVELAND avant d'être appelé sous les drapeaux le 3 février 1942 à l'âge de 24 ans. Il n'est pas très enthousiaste à l'idée de partir pour la guerre, mais il est déterminé à faire son devoir de patriote…

Ben est un jeune homme bien dans son époque, il a un emploi stable et une fiancée... Il y a trois ans, Ben a fait la rencontre de Mary SIREJ, elle est alors âgée de 18 ans et habite CLEVELAND. Ben commence sa formation de base à Fort Mc CLELLEN dans l'ALABAMA, il est incorporé dans le 1er peloton, compagnie C, 5ème régiment 15ème Bataillon. Pendant 17 semaines, il apprend les techniques militaires… Après avoir brillamment réussi sa formation, il est envoyé à l'OCS (Officier Candidate School, école pour les candidats officiers) à Fort BENNING pour une durée d'environ 90 jours, mais à son arrivée à l'OCS, il découvre qu'il sera immédiatement envoyé sur le théâtre des opérations en Europe à la tête d'un peloton….. En cette année 1943, Ben voulait rester aussi longtemps que possible sur le sol Américain, pour Mary bien sûr, mais surtout car ces parents sont malades…

Ben abandonne l'OCS où il a enseigné le tir au fusil et quelques autres fonctions, puis il rentre à CLEVELAND où il rend plusieurs fois visite à Mary. Ses parents décèdent, sa mère en février 1943 et son père en juin. Juste avant le Noël 1943, Ben apprend son départ pour l'EUROPE ; le 2 janvier 1944, en effet, l'attaque des troupes Américaines sur ANZIO (ITALIE) oblige l'envoi de matériel et de troupes " fraiches ". Les unités présentes en Italie sont épuisées et la progression risque de s'interrompre sans l'envoi de nouvelles forces.

Mary se souvient que Joseph KUSHMAN les a conduits à la gare de CLEVELAND, c'est la dernière fois qu'elle a vu Ben… Il a été incorporé à la Compagnie G du 7ème régiment d'infanterie... Il enverra régulièrement des lettres à Mary, c'est dans l'une de celle-ci que Mary apprendra la blessure de Ben à ANZIO : il a été hospitalisé plusieurs semaines après avoir reçu de nombreux éclats au visage, cette blessure lui vaudra la médaille "PURPLE HEART" que Ben lui enverra par courrier alors qu'il est encore à l'hôpital.

Ben sera finalement tué au combat ce 7 octobre 1944 à VAGNEY… Ses frères et sœurs ont juste appris qu'il était mort en FRANCE mais n'ont jamais eu plus de précisions…

Merci à Steve MAZAK, neveu de Ben, qui a eu l'extrême gentillesse de m'envoyer tout le travail de recherche sur la mort de Ben qu'il a effectué depuis plusieurs années...
Steve MAZACK, neveu de Lamar


80ème anniversaire de Lamar

Décès de Lamar 15 février 2008

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